Le bien-être sexuel des femmes et des hommes ayant vécu une agression ou un abus sexuel. Une perspective de socialisation genrée.

(2025)

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Ce mémoire s’intéresse à la manière dont les femmes et les hommes victimes d’agression ou d’abus sexuels vivent leur bien-être sexuel en lien avec les normes sociales genrées intériorisées. La question centrale posée est : « Comment la socialisation genrée influence-t-elle le vécu sexuel des personnes après une agression ou un abus sexuel ? ». Pour répondre à cette question, une approche qualitative a été adoptée, reposant sur 26 entretiens semi-directifs menés auprès d’adultes ayant vécu une agression ou un abus sexuel. Cette méthode permet d’explorer en profondeur les perceptions, ressentis et stratégies des participants face à leur sexualité post-traumatique. Le cadre théorique s’appuie notamment sur les travaux de Simon et Gagnon (1986) sur les scripts sexuels ainsi que sur les études de genre qui soulignent l’impact des normes sociales sur les comportements sexuels. Les résultats montrent que la socialisation genrée influence différemment les expériences des femmes et des hommes. Chez les femmes, la socialisation tend à minimiser leurs besoins et à renforcer un sentiment de culpabilité lié à l’agression, à leur responsabilité supposée, mais aussi au plaisir qu’elles peuvent éprouver par la suite. Chez les hommes, la culpabilité est davantage centrée sur leur réaction au moment de l’agression ainsi que sur certaines pratiques sexuelles, comme la masturbation ou les relations occasionnelles, qui peuvent générer malaise et honte. La masturbation est identifiée comme un outil possible de réappropriation corporelle après l’agression, mais son usage varie selon le genre. Pour certaines femmes, elle est vécue comme un acte d’introspection et d’autonomie, lorsque celle-ci est pratiquée, alors que chez les hommes elle est souvent associée à des émotions négatives telles que la culpabilité ou l’insatisfaction, limitant son rôle réparateur. De plus, la perte de confiance se manifeste aussi de manière différenciée : les femmes la dirigent plutôt vers leurs partenaires potentiels, tandis que les hommes la ressentent davantage comme une perte de confiance en eux-mêmes. Ce travail met en lumière l’importance de considérer les normes sociales et la socialisation genrée dans la compréhension du bien-être sexuel post-agression. Enfin, il souligne la nécessité d’élargir cette réflexion à d’autres identités de genre, telles que les personnes non binaires ou appartenant à la communauté LGBTQIA+, afin de mieux saisir la diversité des vécus et des besoins.