Peut-on éduquer à la citoyenneté grâce à la philosophie ? Points de vue de maîtres spéciaux du primaire en Fédération Wallonie-Bruxelles
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- Ce mémoire porte sur les représentations que les maîtres spéciaux du primaire en Fédération Wallonie Bruxelles construisent du philosopher avec les enfants et de l’éducation à la citoyenneté dans le cadre du cours de Philosophie et citoyenneté. Il cherche plus précisément à comprendre le sens qu’ils donnent à ces deux dimensions, la manière dont ils pensent leurs liens et la façon dont cette articulation prend forme dans les pratiques professionnelles qu’ils décrivent, afin de mieux comprendre comment la philosophie peut contribuer à l’éducation à la citoyenneté (Leleux, 2018 ; Blond Rzewuski, 2018). La recherche a été menée auprès de sept maîtres spéciaux aux parcours et aux contextes professionnels variés, dans le cadre d’une démarche qualitative fondée sur des entretiens semi directifs et une analyse thématique des données recueillies. L’analyse s’est intéressée à leurs conceptions du philosopher et de la citoyenneté, à la manière dont ils disent relier ces deux dimensions dans leur enseignement ainsi qu’aux conditions professionnelles qu’ils évoquent lorsqu’ils décrivent leur mise en œuvre. Les résultats font apparaître des représentations plus proches que ce qui avait été envisagé au début de la recherche, puisque les participants associent régulièrement le philosopher au questionnement, à la justification, au dialogue, à l’autonomie intellectuelle et à la possibilité de faire évoluer son jugement, tandis que la citoyenneté est reliée au cadre commun, à la responsabilité, au vivre ensemble, à l’esprit critique et à la participation. Les différences entre les enseignants concernent surtout la manière dont ils disent traduire ces finalités largement partagées dans les situations professionnelles rencontrées, selon l’âge des élèves, leurs ressources langagières, le temps disponible, la sensibilité du sujet, le sentiment de maîtrise et les ressources de formation. L’analyse montre également que la philosophie peut contribuer à l’éducation à la citoyenneté lorsque les règles, les valeurs et les questions liées à la vie collective deviennent des sujets de réflexion. Les enseignants décrivent alors une démarche qui amène les élèves à rechercher les raisons qui soutiennent une idée, à écouter des points de vue différents, à justifier leur jugement et à pouvoir le faire évoluer au cours de la discussion. Cette manière de relier philosophie et citoyenneté varie toutefois selon les situations rencontrées, tandis que la conceptualisation occupe une place moins visible dans leurs propos que le questionnement et l’argumentation. La portée de ces résultats reste liée à un corpus de sept participants et à des pratiques déclarées, ce qui ne permet pas de généraliser les constats à l’ensemble des maîtres spéciaux ni d’observer directement les effets du cours sur les élèves. Des recherches fondées sur l’observation de séances, le point de vue des élèves et des contextes professionnels plus diversifiés permettraient de mieux comprendre comment le questionnement, la conceptualisation et l’argumentation prennent effectivement forme dans les classes et de poursuivre l’étude des conditions dans lesquelles la philosophie peut contribuer à l’éducation à la citoyenneté.