Analyse des expériences genrées du conflit et leur reconnaissance dans les dynamiques de réconciliation communautaire en Colombie post-accords de paix de 2016.
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- Ce mémoire examine dans quelle mesure la reconnaissance des expériences genrées du conflit armé, par le biais des mécanismes de justice transitionnelle, affecte les dynamiques de réconciliation communautaire dans la Colombie du post-accord. S’inscrivant dans un paradigme qualitatif et compréhensif basé sur une analyse documentaire systématique, cette étude déploie une comparaison territoriale croisée au sein du département pluriethnique du Cauca mettant en miroir Nasa de Kite Kiwe et Renacer Negro, enrichie d'une mise en perspective avec la région des Montes de María. Le cadre conceptuel fait dialoguer la théorie de la reconnaissance d’Axel Honneth avec le dualisme perspectiviste de Nancy Fraser et la reconnaissance narrative de Paul Ricœur, afin d'évaluer les dimensions structurelles, socio-psychologiques et symboliques de la réconciliation théorisées par Valérie Rosoux. L'analyse démontre que si le Système intégral (SIVJRNR) a permis une visibilité institutionnelle inédite des violences sexuelles, reproductives et de genre, notamment à travers l’« écoute plurielle » de la Commission de la vérité (CEV) et l'ouverture historique du Macro-cas 11 par la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), ce processus se heurte à des tensions discursives et temporelles majeures. La transition des récits intimes vers l'archive publique s'accompagne de phénomènes d'entextualisation, de lissage bureaucratique et d'une « désynchronisation des horloges » entre les impératifs administratifs et les temporalités lentes de reconstruction individuelle. Au niveau communautaire, la réconciliation s'opérationnalise par la réappropriation d’ontologies et de rituels locaux (comme l'harmonisation autour de la tulpa et la remise de la mochila de la vérité chez les Nasas, ou les réseaux de comadreo chez les femmes afrodescendantes), indispensables pour restaurer l'estime sociale et la dignité des survivantes. Néanmoins, le potentiel transformateur de cette reconnaissance est profondément limité par des butoirs matériels et structurels majeurs. L'important écart d'exécution (implementation gap) documenté par l'Institut Kroc révèle que les engagements liés au genre n'atteignent que 13 % de réalisation complète à la fin de l'année 2025, contre 36 % pour l'accord général. Cette « reconnaissance sans redistribution » économique et foncière, conjuguée à une « justice transitionnelle sans transition » réelle en raison de la persistance de la guerre dans les périphéries ruraux, expose l'égalisation statutaire au risque de se figer dans une pure « reconnaissance de papier ». Ce travail conclut qu'une paix inclusive et une réconciliation durable exigent d'articuler la dignification mémorielle à des réformes redistributives profondes (notamment l'accès à la terre) et à des garanties physiques réelles de non-répétition. Mots-clés : Justice transitionnelle, Genre, Intersectionnalité, Reconnaissance, Réconciliation.