Entre enseignement et influence: construction et gestion d'une posture professionnelle hybride chez les enseignants actifs sur les réseaux sociaux en Fédération Wallonie-Bruxelles

(2026)

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Sur les réseaux sociaux, une nouvelle figure d'enseignant se déploie depuis quelques années : celle de l'enseignant influenceur, qui partage son quotidien professionnel, ses pratiques pédagogiques ou ses ressources auprès d'une audience parfois très large. Ce phénomène, peu étudié dans la littérature francophone, prend une coloration particulière en Fédération Wallonie-Bruxelles, dont le système éducatif reste fondé sur des valeurs de service public, de neutralité et de gratuité. Comprendre comment ces enseignants construisent leur identité professionnelle entre la classe et les réseaux sociaux constitue le point de départ de ce mémoire. La recherche s'interroge sur la manière dont ces enseignants combinent enseignement et présence numérique régulière, sur les motivations qui les animent et sur les impacts de cette articulation sur leurs pratiques, leur évolution professionnelle et la reconnaissance qu'ils reçoivent. Pour y répondre, dix entretiens semi-directifs ont été menés auprès d'enseignants actifs sur Instagram, TikTok ou YouTube, exerçant à différents niveaux et engagés dans des modèles d'activité variés. L'analyse a combiné un codage manuel inspiré de la théorie ancrée (Glaser & Strauss, 1967 ; Lejeune, 2014) et une lecture transversale construite autour de la notion de double posture professionnelle. Les témoignages recueillis révèlent que la classe reste le principal point d'ancrage identitaire pour l'ensemble des participants, quels que soient les développements de leur activité numérique. L'étiquette d'« influenceur » fait l'objet d'un refus quasi unanime, même chez ceux dont l'activité s'inscrit dans des logiques entrepreneuriales développées. La double posture professionnelle ne décrit pas une coexistence symétrique de deux logiques. Elle s'organise plutôt selon un ordre de priorité dans lequel la logique enseignante reste centrale, tandis que les dimensions médiatique, créative et entrepreneuriale viennent s'y ajouter sans la remplacer. Elle apparait par ailleurs comme un travail identitaire continu, réajusté au fil des arbitrages quotidiens et de l'évolution des trajectoires. Ce travail rejoint les constats internationaux de Carpenter et al. (2023) sur la figure de l'« education influencer » et de Schroeder et al. (2023) sur le « consumer teacher », tout en montrant que le contexte de la Fédération Wallonie-Bruxelles produit une configuration spécifique, notamment par le rapport distant à la monétisation et par la perception d'un cadre institutionnel flou. La figure de l'enseignant influenceur y apparait moins comme une nouvelle catégorie professionnelle que comme une manière contemporaine d'exercer le métier. Plusieurs perspectives en découlent : une étude longitudinale des trajectoires d'engagement, une comparaison avec d'autres contextes francophones et une clarification institutionnelle du cadre applicable à cette activité, en particulier sur les questions de protection des élèves dans l'environnement numérique.