La Déclaration UE-Turquie du 18 mars 2016 et sa mise en sens : Une analyse comparative des discours institutionnels européens et de la presse française

(2026)

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En 2015 et en 2016, l’Union européenne fait face à une pression migratoire sans précédent. Elle tente d’y faire face, mais ses réponses internes échouent. Elle se tourne donc vers des solutions externes et plus précisément vers la Turquie, aboutissant à la Déclaration du 18 mars 2016 : un accord d’externalisation de la gestion migratoire controversé dès son adoption sur ses différentes dimensions : juridiques, morales, opérationnelles. Une fois adopté, l’accord entre dans l’espace public et fait l’objet de communications d’acteurs divers, essentiellement des institutions et des médias, dont la presse. Si les institutions européennes, porteuses de l’accord se trouvent être structurellement conduites à le défendre, la presse, malgré des contraintes, n’est pas tenue de le défendre et peut l’évaluer, voire le critiquer, plus librement. Pour autant, ces deux acteurs répondent à des logiques et des contraintes radicalement différentes mais communiquent tous deux sur un même objet. Le sens de la Déclaration n’est donc pas fixé par sa seule adoption mais reste à construire et c’est précisément là que se joue le cœur analytique de ce mémoire. Là où la littérature s’est essentiellement focalisée sur le phénomène migratoire et a surtout traité les effets juridiques et politiques de l’accord, ce mémoire propose une analyse communicationnelle qualitative de la mise en sens de la Déclaration UE-Turquie de son adoption à la fin 2017, dans les discours institutionnels européens et ceux de la presse française à travers une analyse critique du discours et la théorie du cadrage. De cette analyse, il ressort que le discours institutionnel naturalise des présupposés, cloisonne les contradictions pour qu’elles ne fragilisent pas la construction de l’accord qu’il propose et glisse progressivement du registre de l’urgence vers celui d’une politique stabilisée, présentée comme un pilier durable de la politique migratoire européenne, afin de le normaliser. Les trois titres de presse analysés, malgré des rédactions et des contraintes divergentes, construisent une critique unanime, plus homogène qu’attendu et qui monte en puissance au fil du temps, s’appuyant sur la mobilisation d’acteurs divers aux légitimités complémentaires et sur le retournement d’arguments institutionnels. La comparaison révèle que l’opposition de ces deux discours se creuse au fil du temps et que ces discours ne se contentent pas de s’opposer, mais qu’ils construisent en fait deux réalités divergentes à propos d’un même objet, confirmant que le sens d’une politique publique reste un enjeu discursif négocié dans l’espace public et dans le temps, bien après l’adoption de la politique elle-même.