La prescription de médicaments psychotropes chez les enfants, adolescent.e.s et jeunes adultes (0-23 ans) par les médecins généralistes en Belgique : Analyse des écarts par rapport aux recommandations

(2025)

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Introduction : La prescription de médicaments psychotropes chez les 0-23 ans est en constante augmentation et les médecins généralistes (MGs) sont souvent identifié·e·s comme prescripteur·ice·s. Cela révèle un écart entre les recommandations cliniques, qui préconisent d’éviter la pharmacothérapie en première intention et de privilégier l’abord prioritaire des approches psycho-socio-éducatives. Les données actuelles ne permettent pas de savoir ce qui incite les MGs à prescrire chez les jeunes. L’objectif du mémoire est d’identifier les facteurs cliniques, organisationnels et contextuels qui motivent ces décisions afin de contribuer à l’élaboration de recommandations adaptées et d’améliorer la qualité de la prise en charge en première ligne. Méthode : Une étude qualitative exploratoire a été réalisée à partir de deux entretiens semi-dirigés menés en mars 2025 auprès de médecins généralistes du réseau belge des médecins vigies, analysés par « thematic analysis ». Le codage itératif des transcriptions a permis de dégager un cadre thématique articulé autour des représentations cliniques, des pressions externes, de l’accès aux ressources et de la régulation des pratiques prescriptives. Résultats : Cinq thématiques clés sont apparues. Modulation selon l’âge : quasi-absence de prescription avant 16 ans, initiation prudent sous surveillance rapprochée chez l’adolescent ; préférence non médicamenteuse : recours prioritaire à la psychothérapie, à la psychomotricité ou à la phytothérapie avant tout traitement psychotrope ; pressions externes : demandes familiales/patient·e·s, impératifs scolaires et injonctions institutionnelles influencent la décision de prescrire ou de renouveler ; contraintes structurelles : fragmentation des dossiers, longues listes d’attente et manque d’interopérabilité freinent l’orientation vers les spécialistes ; rôle de l’expérience et de l’intuition : en l’absence d’une formation pédiatrique approfondie, les MGs s’appuient sur leur intuition clinique et un réseau informel pour ajuster leurs choix thérapeutiques. Discussion : La décision prescriptive oscille entre « prudence clinique » et nécessité d’agir en urgence faute d’alternatives non pharmacologiques disponibles. La prescription des psychotropes chez les jeunes est une conséquence pour partie des barrières individuelles, systémiques et les pressions relationnelles vécues et perçues par le·la MG. Elles créent une « zone grise » décisionnelle où le·la MG adapte empiriquement les recommandations à un contexte local contraint. Conclusion : Ce travail met en évidence la dualité entre rigueur des guidelines et réalités cliniques urgentes, soulignant le besoin de protocoles « vivants » modulables et de réseaux de soins coordonnés. Valoriser la position pivot du·de la médecin généraliste et fluidifier la continuité de soins permettraient d’assurer des prescriptions plus sécuritaires, plus humaines et mieux adaptées aux jeunes patient·e·s.