Comment le Programme interfédéral des 1 000 premiers jours est-il implémenté pour assurer l’accès aux soins périnataux des femmes migrantes en situation irrégulière à Bruxelles ?

(2026)

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Barros da Silva_31112300 & Ebouele Essebe_69012300.pdf
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Introduction : La période des 1 000 premiers jours constitue une phase critique pour la santé des mères, des enfants et des familles. Pourtant, l’accès aux soins périnataux reste marqué par des inégalités persistantes, en particulier pour les femmes migrantes en situation irrégulière. En Belgique, le Programme interfédéral des 1 000 premiers jours, adopté en 2024, vise à renforcer le dépistage des vulnérabilités, la coordination des soins et la continuité du suivi. Ce mémoire analyse son implémentation à Bruxelles pour évaluer dans quelle mesure il garantit un accès effectif aux soins pour ce public. L’étude s’appuie sur les cadres théoriques EPIS (Exploration, Preparation, Implementation, Sustainment) et la théorie des parties prenantes pour examiner les dynamiques d’acteurs influençant sa mise en œuvre. Méthode : Une démarche qualitative a été menée à partir de dix entretiens semi-directifs auprès d’acteur·rices du système périnatal bruxellois et de deux observations d’espaces de rencontre interprofessionnels. L’analyse thématique des données, à partir des deux cadres théoriques, a permis d’examiner la phase d’implémentation active , ses facteurs contextuels influençant la mise en oeuvre du Programme , les dynamiques de collaboration inter-acteurs, ainsi que les rapports de pouvoir, de légitimité et d’urgence autour de l’accès aux soins périnataux. Résultats : L’analyse thématique révèle que le Programme favorise une approche périnatale plus intégrée, en renforçant le repérage des vulnérabilités psychosociales et la collaboration entre professionnel·les. Les espaces de concertation observés améliorent l’interconnaissance des structures et la visibilité des ressources locales. Cependant, son implémentation reste hétérogène et confrontée à des obstacles majeurs pour les femmes migrantes en situation irrégulière : complexité administrative, manque de temps des professionnel·les et saturation des ressources. L’accès aux soins dépend ainsi des stratégies d’adaptation développées par les acteur·rices de terrain pour contourner les limites du dispositif. L’analyse des parties prenantes met en lumière des asymétries de pouvoir, de légitimité et d’urgence : certaines acteur·rices disposent d’un pouvoir sur les conditions d’accès aux dispositifs et aux ressources, tandis que d’autres s’appuient sur une légitimité de proximité, fondée sur leur ancrage dans le réseau et la relation de confiance avec les publics accompagnés. Ces différences se reflètent également dans la prise en charge des situations d’urgence qui englobent autant les enjeux médicaux que sociaux, administratifs et relationnels. Conclusion : Le Programme représente une avancée majeure dans la structuration d’un accompagnement périnatal plus intégré et coordonné à Bruxelles. Toutefois, son implémentation met en évidence des limites structurelles freinant l’accès effectif aux soins pour ce public. Si le Programme vise à mieux identifier et accompagner les situations de vulnérabilité, son efficacité reposera sur sa capacité à dépasser les frontières institutionnelles et à s’adapter aux réalités des femmes concernées. Cette recherche souligne ainsi que l’équité en santé périnatale ne repose pas uniquement sur l’existence d’un dispositif, mais sur des conditions réelles d’accès et une reconnaissance des acteur·rices de première ligne. L’enjeu n’est pas seulement d’être repérées par le système, mais de pouvoir bénéficier d’un accompagnement accessible et sécurisant tout au long de la période périnatale. Le Programme offre ainsi un cadre prometteur, dont la réussite dépendra d’une politique d’équité capable de concilier le principe d’universalisme proportionné avec les besoins spécifiques des publics les plus précarisés.