Comment les médecines alternatives et complémentaires sont-elles perçues, utilisées et intégrées par les professionnels de santé au sein des maisons médicales de la Région de Bruxelles-Capitale ?

(2026)

Files

COLLARD_72212400_2026.pdf
  • Open access
  • Adobe PDF
  • 1.05 MB

Details

Supervisors
Faculty
Degree label
Abstract
Contenu : En Belgique, 16 % de la population de 15 ans et plus consulte chaque année un praticien de médecines non conventionnelles, souvent sans en informer son équipe soignante. Les maisons médicales bruxelloises, organisées en équipes pluridisciplinaires et porteuses d'une philosophie de soin globale centrée sur la personne, constituent un terrain particulièrement propice à l'intégration des médecines alternatives et complémentaires (MAC), mais ce niveau de soins primaires reste peu documenté sur cette question. Ce mémoire vise à combler cette lacune en explorant comment les professionnels de santé de ces structures perçoivent, utilisent et intègrent les MAC dans leur pratique, à travers trois sous-questions portant respectivement sur la perception et la légitimité des MAC, leur usage professionnel, et les facteurs organisationnels de leur intégration. Méthodes : Cette recherche qualitative compréhensive, articulée à une phase quantitative descriptive, s'appuie sur un devis mixte séquentiel à dominante qualitative. Un questionnaire en ligne, diffusé auprès des maisons médicales bruxelloises via la Fédération des maisons médicales, a recueilli 66 réponses de professionnels issus de 16 communes bruxelloises, permettant de cartographier les pratiques existantes et d'identifier des profils contrastés pour la phase qualitative. Douze entretiens semi-directifs ont ensuite été menés auprès de professionnels aux profils diversifiés (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, accueillants), recrutés selon une logique d'échantillonnage de convenance à visée diversifiée, jusqu'à saturation empirique. L'analyse qualitative s'inspire de la théorisation ancrée (Strauss & Corbin, 1990), combinant codage ouvert, codage axial et comparaison constante. Résultats : Les résultats révèlent un paradoxe central : une ouverture professionnelle majoritaire mais largement silencieuse envers les MAC, qui ne se traduit pas en intégration institutionnelle durable. Trois freins structurels convergent pour expliquer ce paradoxe : le coût non remboursé des MAC, qui les rend inaccessibles à une patientèle précarisée ; le manque de formation initiale des professionnels ; et une culture d'équipe centrée sur l'evidence-based medicine (EBM), reconnue toutefois comme un langage commun utile plutôt que comme un simple obstacle. Seules l'ostéopathie et l'acupuncture apparaissent véritablement intégrées médicalement, en convergence avec leur reconnaissance légale en Belgique. L'analyse met également en évidence un phénomène d'« intégration invisible », des pratiques MAC normalisées au point de ne plus être spontanément identifiées comme telles par les professionnels, ainsi qu'une autocensure des patients différenciée selon l'interlocuteur au sein de l'équipe. Face à ces verrous structurels, un seul levier suffisamment puissant émerge pour déclencher l'intégration : la trajectoire personnelle d'un praticien formé aux MAC par intérêt propre ou par frustration clinique est un levier fragile, car il dépendant de la présence de cet individu au sein de la structure. Mots-clés : Médecines alternatives et complémentaires ; MAC ; Maisons médicales ; Soins de santé primaires ; Intégration ; Théorisation ancrée