Le militantisme féministe sur les plateformes numériques : perceptions algorithmiques et pratiques de circulation de contenus militants féministes sur Instagram

(2026)

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Aujourd’hui, les plateformes numériques jouent un rôle particulièrement central dans les mobilisations contemporaines. Des plateformes comme Instagram offrent en effet de nouvelles possibilités d’action et reconfigurent profondément les modalités mêmes de l’action collective. Toutefois, la visibilité des discours militants sur ces plateformes dépend en grande partie de systèmes algorithmiques dont le fonctionnement réel reste particulièrement difficile à saisir. Dans ce contexte, ce mémoire s’intéresse à la façon dont les utilisatrices engagées dans la circulation de contenus féministes militants sur Instagram composent avec ces logiques algorithmiques. Plus précisément, il s’agit d’étudier non seulement les perceptions des utilisatrices de ces dispositifs, mais aussi la façon dont celles-ci influencent leurs pratiques d’engagement. Pour répondre à cette question, cette recherche mobilise une méthodologie mixte. Un questionnaire exploratoire a d’abord été diffusé, avant d’être complété par des entretiens semi-directifs, qui ont permis d’approfondir les perceptions et expériences des participantes. Les résultats montrent que les utilisatrices développent des savoirs informels sur le fonctionnement algorithmique, construits à partir de leurs expériences, mais également nourris par les échanges au sein d’espaces militants. Ces savoirs servent ainsi de repères dans un environnement perçu comme opaque et permettent aux utilisatrices de développer différentes tactiques. Certaines évitent par exemple des termes qu’elles considèrent comme sensibles ou adaptent leurs formats de publications, tandis que d’autres cherchent à influencer ce qui apparaît dans leur environnement numérique. L’enquête met également en évidence une hiérarchisation perçue des discours féministes sur les plateformes. Ainsi, les contenus les plus intersectionnels ou les plus « radicaux » sont perçus par les participantes comme davantage exposés à des formes d’invisibilisation. Cette perception repose sur l’idée que les plateformes tendent à reproduire les inégalités déjà présentes hors ligne. Au-delà des contenus, le statut social lui-même de la personne qui s’exprime est perçu comme un facteur d’invisibilisation algorithmique. Enfin, les entretiens montrent l’existence d’une forme de fatigue algorithmique, liée à l’effort que suppose l’adaptation aux normes présupposées des plateformes. Ce travail, rarement perçu comme tel mais pourtant omniprésent, peut finir, à terme, par épuiser les militantes et les conduire à réduire, voire à abandonner, leur engagement sur la plateforme.