TRAJECTOIRES MENANT À L'INAPTITUDE CHEZ LES AGENTS DE NETTOYAGE : ANALYSE RÉTROSPECTIVE DANS UN SERVICE DE SANTÉ AU TRAVAIL LUXEMBOURGEOIS

(2026)

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Ce travail analyse les trajectoires menant à l’inaptitude définitive chez les agents de nettoyage au Luxembourg, à partir d’une cohorte rétrospective de 1057 dossiers d’inaptes (2019-2024) appariés à 1057 agents restés aptes. L’objectif est de comprendre les signaux faibles et les étapes clés précédant la désinsertion professionnelle, afin d’optimiser la prévention et le maintien en emploi dans ce secteur vulnérable. La méthodologie a consisté à extraire 2114 dossiers d’agents déclarés définitivement inaptes et d’agents ayant maintenu leur aptitude sur la période d’étude de référence ; les inaptes définitifs (1057) ayant été appariés aux aptes (1057), selon l’âge, le sexe et le nombre d’années de travail au sein de leurs entreprises. Une analyse descriptive et comparative des profils sociodémographiques, pathologies, types de visites médicales, aménagements de poste et séquences de décisions médicales, a été faite en premier lieu. Une modélisation des parcours de santé a été faite par la suite, à travers une analyse séquentielle et une matrice de transition. Les résultats attestent de la forte féminisation de la population des agents dont l’inaptitude définitive a été prononcée (87,7%) avec un âge médian de 49,8 ans et une ancienneté médiane de 13 ans au sein de leur entreprise ; les troubles musculosquelettiques (TMS) et troubles dépressifs sont surreprésentés chez ces derniers. Ils bénéficient plus souvent de visites de reprise (53,5%) et d’aménagements de poste (24,4%), mais ces interventions sont tardives : dans 82,9% des cas, l’inaptitude survient moins de 6 mois après l’aménagement. Des trajectoires de santé reconstruites, deux se démarquent : celle de l’aptitude maintenue (44,2%) et celle de l’aptitude avec restriction (19%). Les états d’aptitude (avec ou sans restriction) sont relativement stables entre deux visites, mais la bascule vers l’inaptitude peut être brutale ou progressive. Les signaux faibles incluent l’intensification du suivi médical et la multiplication des restrictions. L’inaptitude n’est pas un événement isolé mais l’aboutissement d’une usure professionnelle cumulative, marquée par des expositions biomécaniques et psychosociales, et des interventions souvent trop tardives ; les dispositifs de prévention doivent être repensés pour agir plus précocement, notamment dès l’apparition des premières restrictions d’aptitude Une approche globale, impliquant employeurs, services de santé au travail et législateur, est nécessaire pour mieux prévenir la désinsertion professionnelle dans ce secteur.