« Quelle est la perception subjective de l’autonomie des éducateurs spécialisés de l’Aide à la Jeunesse face à l’idéologie gestionnaire, entre injonction à la responsabilité et assujettissement aux outils de contrôle ?

(2026)

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Dans le cadre de nos travaux de recherche en sciences de l’éducation, nous nous penchons sur les mutations profondes qui traversent le métier d’éducateur spécialisé au sein de l’Aide à la Jeunesse en Belgique francophone. Ce travail analyse la transition d'une profession historiquement vocationnelle vers une figure de « technicien de la relation » puis de « gestionnaire de cas », façonnée par le tournant néolibéral et la « chalandisation du social » théorisée par Michel Chauvière (2010). Au cœur de cette recherche, nous traitons la question-problème suivante : « Quelle est la perception subjective de l’autonomie des éducateurs spécialisés de l’Aide à la Jeunesse face à l’idéologie gestionnaire, entre injonction à la responsabilité et assujettissement aux outils de contrôle ? ». Pour répondre à cette interrogation, nous avons privilégié une approche qualitative à visée compréhensive, s’inscrivant dans un paradigme interprétatif. Notre méthodologie s’appuie sur dix entretiens compréhensifs menés selon les principes de Jean-Claude Kaufmann (2016) au sein de l’institution bruxelloise « L’Atlantide », permettant une micro-analyse thématique des vécus professionnels. Nos résultats mettent en lumière une véritable « déroute de la subjectivité » au sein d’un « système paradoxant » décrit par Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique (2015, 2019). Sous l’influence d’outils de gestion dont la « structure listique » fragmentée, analysée par Régis Martineau (2017), induit des mécanismes d’aliénation comme le « gap-spotting », l’éducateur se voit réduit à une fonction de « gardien » ou de « pion ». Cette dépossession de l'expertise, que nous assimilons à l’exercice d’une « violence symbolique » (Bourdieu, 1998), conduit à un effacement de la parole clinique au profit d'un discours institutionnel préformaté (Gautier, 2012). Face à cette autonomie contrôlée, nous observons toutefois l’émergence d’une « autonomie clandestine » : les acteurs déploient des tactiques de résistance éthique pour restaurer des conditions de « capabilité » réelles, telles que définies par Philippe Foray (2017), afin de préserver le sens de leur mission éducative. Enfin, nous ouvrons des perspectives sur l'impact de cette gestion comptable sur la subjectivité des jeunes usagers et sur l'urgence de sanctuariser des espaces de parole clinique pour freiner la déprofessionnalisation du secteur.