La frontière entre les sphères travail et hors-travail en regard de la modernité
Files
VanCutsem_51261300_2017.pdf
UCLouvain restricted access - Adobe PDF
- 1.98 MB
VanCutsem_51261300_2017.pdf
UCLouvain restricted access - Adobe PDF
- 1.98 MB
Details
- Supervisors
- Faculty
- Degree label
- Abstract
- Tantôt valorisé, tantôt méprisé, agréable ou pénible, le travail a occupé une place parfois centrale ou, au contraire, résiduelle sur la vie des individus, en fonction des époques. Pour plusieurs sociologues, la modernité est une ère importante dans le sens où, pour eux, elle représente l’époque durant laquelle le travail s’est détaché de la sphère familiale pour former une sphère qui lui est propre. Cependant, il est difficile de délimiter précisément l’ère de la modernité. Souvent résumée au passage à la société industrielle, les sociologues ne sont pas tous d’accord sur le début et la fin de la modernité. En effet, si pour certains la modernité arrive au XVIIIème siècle, pour d’autres elle apparaît un peu plus tard, et si elle est terminée pour quelques auteurs qui n’hésitent pas à parler de post-modernité ou à la qualifier différemment, d’autres préfèrent parler de modernité de façon globale afin d’éteindre toute ambigüité à son sujet. Selon plusieurs auteurs, cette époque est également caractérisée par une vitesse du changement accrue, par l’accélération du temps et des séquences temporelles plus courtes, qui divisent l’espace et le temps, autrefois liés. Cette caractéristique est accentuée par les nouvelles techniques et technologies comme le chemin de fer qui réduisent davantage l’espace et augmentent le temps, ne les laissant plus correspondre l’un à l’autre. Par conséquent, l’homme moderne, vivant dans un environnement de changement permanent et de vitesse, se façonne à ce cadre de vie et devient, lui-même, un être en quête d’instantanéité. Le présent devient le seul temps important à ses yeux. Les technologies accroissent cette impression et ce besoin de vitesse en étant toujours plus rapides et en permettant de faire une quasi-abstraction de l’espace. En outre, elles semblent mettre en évidence une réalité : celle de la porosité de la frontière entre la sphère travail et la sphère hors-travail. En effet, même si elles n’en sont pas la cause, selon certains auteurs, elles accroissent le phénomène en permettant aux travailleurs d’accéder à leur sphère travail peu importe le moment ou le lieu où ils se trouvent. Les individus, désirant un meilleur équilibre entre les sphères travail et hors-travail, sont partagés quant à l’idée de travailler à distance, certains y voyant le moyen de mieux concilier ces sphères de vie ou, comme plusieurs auteurs préfèrent les appeler, les différents temps sociaux, alors que d’autres travailleurs désirent que des frontières claires soient érigées entre eux. Toutefois, le brouillage des frontières et l’équilibre incertain entre les sphères qui en découlent semblent être également dus à une accumulation de paramètres contextuels, comme la durée légale de travail. En effet, bien que celle-ci soit à la baisse depuis plusieurs dizaines d’années, les travailleurs constatent que leurs temps de travail et de loisir ne sont pas équilibrés et beaucoup souhaitent voir cela changer au profit de plus de temps libre alors que, dans les faits, ils dépassent souvent volontairement la durée de travail fixée légalement. In fine, la frontière autrefois établie entre les deux sphères semble s’effriter.