Entre externalisation et decentring : repenser les dynamiques de coopération migratoire entre l'Union européenne et les pays tiers : Analyse critique de la coopération UE-Tunisie à travers le nexus migration-sécurité-développement
Files
Forel_08782300_2025.pdf
Open access - Adobe PDF
- 1.7 MB
Details
- Supervisors
- Faculty
- Degree label
- Abstract
- Depuis plus de trois décennies, la gestion migratoire externalisée constitue un pilier central de l’action extérieure de l’UE au travers de sa politique de voisinage. Reposant sur une logique de délégation (« control by proxy »), cette approche vise à repousser les frontières européennes au-delà de l’espace Schengen en s’appuyant sur la coopération avec des pays tiers comme la Tunisie (Akkerman, 2018 ; Alioua et al., 2023). Partenaire privilégié de l’UE depuis les révolutions arabes de 2011, la Tunisie est aujourd’hui un acteur incontournable dans la gouvernance migratoire européenne. Loin d’être un simple exécutant, la Tunisie et les pays tiers participent à une véritable co-construction des politiques migratoires européennes, même si leur marge de manœuvre reste encore fortement contrainte à l’UE (Tsourapas G, 2017). Dans un système de partenariats bilatéraux fondé sur des rapports de pouvoir asymétriques, l’agentivité de ses pays tiers s’exprime pourtant à travers des stratégies de contestation, de résistance ou de négociation envers l’UE. C’est précisément dans ce paradoxe entre l’UE et ses partenaires, notamment la Tunisie, que ce travail de recherche entend identifier et analyser ces interactions ainsi que les tensions émergentes entre ces deux cadres analytiques, afin d’offrir une compréhension critique et originale des dynamiques de coopération entre l’UE et les pays tiers en matière de gestion des flux migratoires. Notre travail de recherche répond aux appels de recherche en faveur d’une approche plus décentrée et moins eurocentrée de la gouvernance migratoire européenne. Par conséquent, notre cas d’étude UE-Tunisie sera analysé sous le prisme du concept de « diplomatie migratoire » (Tsourapas, G, 2017) à l’intersection de celui du « nexus migration–sécurité–développement » (Sørensen et al., 2002). pour en comprendre les réelles dynamiques entre conditionnalité européenne et agentivité tunisienne. Ce mémoire tentera dans un premier temps d’interroger le statu quo de la coopération UE–Tunisie en mettant en lumière les logiques et instruments d’externalisation qui la structurent. Dans un deuxième temps, nous nous focaliserons sur l’agentivité tunisienne au sein de cette relation asymétrique. En mobilisant les apports de la diplomatie migratoire et de l’approche décentrée. Enfin, la troisième partie s’intéressera aux effets de retour de cette diplomatie migratoire sur la stratégie migratoire durable de l’UE. Il s’agira ici d’explorer deux phénomènes qui se répondent, à savoir, l’externalisation de l’UE et l’agentivité de pays partenaires, pour réfléchir à une gouvernance migratoire européenne plus coconstruite, coopérante et cohérente.