Vers un théâtre décolonial : Analyse des représentations et réappropriations scéniques du corps féminin noir dans Carte Noire nommée Désir de Rébecca Chaillon
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- Ce mémoire explore les représentations et réappropriations scéniques du corps féminin noir à travers l’analyse de la pièce performative Carte Noire nommée Désir (2021) de Rébecca Chaillon, en interrogeant sa possible inscription dans une démarche de « théâtre décolonial ». La partie théorique mobilise les travaux de chercheuses telles que Sylvie Chalaye, bell hooks, Judith Butler ou encore Audre Lorde, afin de définir des critères critiques permettant d’évaluer dans quelle mesure une œuvre déplace les rapports de pouvoir hérités du colonialisme. Ces critères portent notamment sur la mise en question des héritages coloniaux, la pluralité des voix représentées, la remise en cause des normes esthétiques dominantes, la centralité du corps comme archive et lieu de lutte, l’attention au contexte de création et de réception, et l’implication critique du regard spectatoriel. L’analyse qualitative de Carte Noire nommée Désir, structurée autour de ces critères, met en lumière la manière dont la pièce articule nudité performative, retournement du regard et réappropriation queer et féministe, tout en rendant visibles les blessures et mémoires coloniales. L’analyse qualitative s’appuie sur la captation intégrale de la pièce, complétée par des notes d’observation et la description détaillée des séquences disponibles en annexes. Si l’étude tend à confirmer que l’œuvre active plusieurs leviers identifiés comme caractéristiques de pratiques scéniques décoloniales, elle souligne également que cette qualification ne peut être figée et gagnerait à être confrontée à d’autres cadres théoriques et comparée à d’autres formes de théâtre. Ce travail contribue ainsi à la réflexion sur les multiples façons dont l’art performatif contemporain peut devenir un espace de résistance, de réécriture et de souveraineté corporelle pour les femmes noires.This thesis explores the stage representations and reappropriations of the Black female body through the analysis of the performative piece Carte Noire nommée Désir (2021) by Rébecca Chaillon, examining its potential inscription within a “decolonial theatre” approach. The theoretical framework draws on the works of scholars such as Sylvie Chalaye, bell hooks, Judith Butler, and Audre Lorde, in order to define critical criteria for assessing the extent to which a work challenges power relations inherited from colonialism. These criteria address, among other aspects, the questioning of colonial legacies, the plurality of represented voices, the dismantling of dominant aesthetic norms, the centrality of the body as both an archive and a site of struggle, attention to the context of creation and reception, and the critical engagement of the spectator’s gaze. The qualitative analysis of Carte Noire nommée Désir, structured around these criteria, sheds light on how the piece intertwines performative nudity, the reversal of the gaze, and queer and feminist reappropriation, while making visible colonial wounds and memories. The analysis is based on the full video recording of the performance, complemented by observation notes and a detailed description of the sequences provided in the annexes. While the study tends to confirm that the work activates several mechanisms identified as characteristic of decolonial stage practices, it also emphasizes that such a qualification cannot be fixed and would benefit from being confronted with other theoretical frameworks and compared to other forms of theatre. This research thus contributes to the reflection on the multiple ways in which contemporary performative art can become a space of resistance, rewriting, and bodily sovereignty for Black women.