Revenu et santé perçue selon les régimes de protection sociale : une analyse comparative de douze pays de l'ISSP 2021

(2026)

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Contexte : Dans les pays à revenu élevé, les personnes les plus modestes décrivent plus souvent une santé moins bonne que les plus aisées. Ce gradient de revenu est bien documenté, mais on connait moins bien la manière dont les institutions le modulent. Les régimes de protection sociale, qu’ils soient libéraux, conservateurs ou social-démocrates, diffèrent par l’étendue de couverture sociale, la générosité des transferts et la liberté laissée au marché. Trois mécanismes relient ces régimes à la santé : le revenu une fois les redistributions prises en compte, la position relative dans la hiérarchie sociale et l’accès aux ressources matérielles. Une protection sociale qui réduit les écarts de ressources devrait affaiblir le lien entre revenu et santé là où elle est le plus développée. D’où la question suivante : ce lien varie-t-il selon le régime ? Méthodologie : L’analyse s’appuie sur le module « Health and Health Care II » de l’International Social Survey Programme (ISSP 2021, ZA8000 v2.0.0), complétée par le fichier britannique publié séparément. Douze pays sont regroupés en trois régimes de quatre pays ; après restriction aux personnes majeures et aux observations complètes, l’échantillon s’élève à 14 074 répondants. La santé perçue (variable ordinale à cinq modalités) est analysée en fonction du quintile national de revenu du ménage. L’analyse s’appuie sur une régression logistique ordinale à cotes proportionnelles. L’âge, le sexe, l’éducation, le statut d’emploi et l’état civil font office de variables de contrôle. Les estimations sont pondérées et tiennent compte du plan de sondage, les pays étant traités comme des grappes. Des interactions entre le revenu et le régime testent si l’ampleur du gradient change selon le régime. Résultats : Le gradient est présent dans les trois régimes. En isolant l’effet des variables de contrôle, les personnes du quintile de revenu le plus élevé déclarent moins souvent une mauvaise santé que celles du quintile le plus faible (0,53, IC 95 %: [0,44 ; 0,65]). L’ajustement de ces autres variables atténue cet écart sans le supprimer. Le régime, à lui seul, ne modifie pas le niveau de la santé perçue. Mais à l’opposé, il modifie de manière significative l’intensité du gradient de revenu et le poids de l’état civil, mais pas celui du statut d’emploi. Conclusion : Le régime de protection sociale ne paraît pas agir sur le niveau moyen de santé, mais bien sur sa distribution (structure les inégalités de santé) selon le revenu. Ce résultat s’accorde avec le paradoxe mis en avant par la littérature comparative, selon lequel les pays les plus protecteurs ne présentent pas forcément les écarts les plus faibles. La nature transversale des données et le nombre limité de pays par régime invitent à ne pas conclure à des effets causaux.