Cross-modal serial dependence effects between vision and audition, and the modulatory role of task-relevance and attention.
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- Notre perception du monde ne fonctionne pas comme un appareil photo capturant des images instantanées. Elle se construit dans le temps, en s’appuyant sur ce que nous avons déjà perçu et sur ce que notre cerveau anticipe. Un phénomène appelé dépendance sérielle illustre bien cette dynamique : il s’agit de cette tendance qu’a notre système perceptif à « tirer » la perception actuelle vers les expériences récentes, créant ainsi une forme de continuité utile dans un environnement en perpétuel changement. Ce mémoire s’intéresse à une question encore peu explorée : la dépendance sérielle peut-elle s’étendre au-delà d’une seule modalité sensorielle, par exemple entre l’audition et la vision ? Et si oui, dans quelle mesure l’attention et la pertinence de la tâche influencent-elles ce phénomène ? Pour répondre à cela, deux expériences ont été menées. La première a comparé des situations où les participants devaient juger des séquences visuelles ou auditives, parfois dans une même modalité, parfois d’une modalité à l’autre. La seconde expérience a testé l’effet de l’attention dirigée : on demandait aux participants de se concentrer sur une composante précise d’un stimulus audiovisuel, avant de juger un stimulus test unisensoriel. Les résultats sont clairs : non seulement la dépendance sérielle peut traverser les frontières sensorielles – un son peut influencer la perception d’un flash, et inversement – mais elle est aussi modulée par l’attention. Plus la tâche exige de jongler entre les sens, plus l’effet est fort. Et surtout, seuls les éléments sur lesquels on focalise notre attention influencent la suite de la perception ; les autres sont soit sans effet, soit produisent une influence inverse. Ces résultats suggèrent que notre cerveau ne cloisonne pas strictement les informations visuelles, auditives ou autres : il les intègre de manière souple et intelligente, en fonction de ce qui est pertinent pour l’action en cours. En croisant des approches neuroscientifiques, attentionnelles et contemplatives – issues par exemple du yoga ou des interprétations métaphoriques de la physique quantique – ce travail propose une lecture élargie de la mémoire perceptuelle. Il la décrit comme un processus actif et multisensoriel, fondé sur l’attention et l’historique sensoriel, qui façonne notre expérience du monde de manière à la rendre plus fluide, plus stable, et peut-être aussi plus consciente.