Effets de l’humidité ambiante et de l’état hydrique de la plante hôte sur le développement larvaire de Pararge aegeria et Lasiommata megera (Lepidoptera : Nymphalidae)
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- Dans un contexte de changement climatique, l’augmentation de la fréquence des sécheresses constitue une contrainte majeure pour les insectes terrestres, en particulier durant les stades immatures. Chez les insectes herbivores, ces contraintes hydriques s’exercent à plusieurs échelles, via les conditions atmosphériques ambiantes et l’état hydrique des plantes hôtes, qui structurent le microclimat foliaire directement expérimenté par les larves. Ce mémoire examine comment l’humidité relative (HR) ambiante et l’état hydrique de la plante hôte modulent le microclimat foliaire et influencent la croissance, la survie et la dynamique de développement chez deux espèces de Lépidoptères cologiquement contrastées, Pararge aegeria (espèce forestière hygrophile) et Lasiommata megera (espèce de milieux ouverts plus xériques). Des chenilles issues de femelles sauvages ont été élevées sous des conditions contrôlées combinant deux niveaux d’HR et deux régimes hydriques de la plante hôte (Poa trivialis : hydratée et stressée). Les conditions microclimatiques (humidité relative, température et déficit de pression de vapeur, VPD) ont été mesurées au centre et en périphérie du feuillage. La réponse des chenilles à ce double stress a été quantifiée à travers le suivi de la survie, de la croissance et du temps de développement. Les résultats montrent que le macroclimat ambiant ne constitue pas un proxy suffisant des conditions réellement expérimentées par les larves. L’état hydrique de la plante hôte apparaît comme le principal déterminant du microclimat foliaire, générant des gradients marqués d’HR et de VPD, particulièrement en périphérie du feuillage. Les contraintes hydriques se traduisent principalement par des effets sublétaux : la survie larvaire reste globalement stable, tandis que la croissance et la durée du développement sont significativement modifiées. Les réponses diffèrent entre espèces. Chez L. megera, le stress hydrique de la plante hôte ralentit la dynamique de développement, un effet accentué lorsque l’HR ambiante est faible. Chez P. aegeria, les performances larvaires sont principalement déterminées par les conditions d’HR ambiantes, l’état hydrique de la plante influençant surtout la probabilité d’émergence. Cette étude met en évidence le rôle central du microclimat foliaire comme variable intégrative pour comprendre les réponses des insectes aux contraintes hydriques. Elle montre que des contraintes hydriques modérées, même en l’absence de mortalité immédiate, peuvent modifier durablement les trajectoires de développement et la phénologie dans un contexte de changement climatique.