Profil thermoceptif et nociceptif du trouble sévère de l’usage de l’alcool chez des patients en phase d’abstinence précoce

(2026)

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Le trouble de l'usage de l'alcool (TUA) sévère, souvent accompagné d'importantes comorbidités, entretient des liens étroits avec la douleur. Si cette association est bien établie sur le plan épidémiologique, son caractère bidirectionnel reste toutefois une hypothèse soutenue par la littérature actuelle. Les données objectives sur le profil sensoriel des patients restent quant à elles rares. Les délais de mesure sont par ailleurs hétérogènes d'une étude à l'autre, ce qui laisse la phase d'abstinence précoce, distincte du sevrage aigu et de la consommation chronique active, particulièrement peu caractérisée. Dès lors, ce travail vise à caractériser le profil thermoceptif et nociceptif de patients souffrant d'un TUA sévère en abstinence précoce – environ 14 jours – par comparaison à des témoins sains. Plus précisément, cette étude cherche à évaluer la présence d'une hyposensibilité thermique, à examiner si les seuils de douleur diffèrent entre les groupes et à observer la persistance d'un gradient proximo-distal. Pour répondre à cette problématique, la méthodologie a reposé sur l'évaluation, au niveau de l’avant-bras et du pied, de 63 participants (16 patients recrutés aux Cliniques universitaires Saint-Luc et 47 témoins sains). Trois paradigmes psychophysiques ont été mobilisés : la méthode des limites (QST – Quantitative Sensory Testing) et deux versions de la méthode des niveaux (Yes/No et 2IFC – Two-interval forced choice). Les résultats indiquent que l'hyposensibilité thermique n'est que partiellement confirmée, se manifestant uniquement pour le chaud via le QST tandis qu'une tendance inverse apparaît pour le froid. De plus, les seuils de douleur diffèrent entre les groupes de manière contrastée selon la tâche et le site, alors que le gradient proximo-distal se confirme nettement chez les témoins pour l'ensemble des conditions testées, et dans la majorité d'entre elles chez les patients. Le TUA sévère ne s'accompagne donc pas d'un profil sensoriel univoque, mais d'altérations spécifiques. Afin de surmonter les limites actuelles, notamment la taille restreinte de la cohorte et l'absence de correction pour comparaisons multiples, de futures recherches devront s'appuyer sur des échantillons élargis, un plan d'analyse pré-enregistré et un potentiel suivi longitudinal.