La famine comme arme de guerre durant la guerre du Biafra (1967–1970) : analyse des stratégies de blocus, de leurs effets sur les populations civiles et du cadre juridique international

(2026)

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Ce travail de fin d’études a analysé la famine survenue durant la guerre du Biafra (1967–1970) afin de déterminer si celle-ci constituait une simple conséquence du conflit ou une véritable arme de guerre utilisée par le gouvernement fédéral nigérian contre le territoire sécessionniste. À la suite de la proclamation de l’indépendance du Biafra en 1967, le Nigeria a instauré un blocus terrestre, maritime et aérien visant à isoler la région. Cette stratégie a provoqué une crise humanitaire majeure, entraînant la mort de centaines de milliers, voire de plus d’un million de personnes, principalement des enfants touchés par la malnutrition et les maladies associées. L’objectif principal de ce TFE était d’évaluer dans quelle mesure la famine pouvait être considérée comme un instrument de guerre et d’examiner la réponse apportée par le droit international humanitaire à ce type de pratique. Pour ce faire, l’étude a adopté une approche qualitative fondée sur l’analyse de la littérature historique et scientifique, des rapports humanitaires, des textes juridiques internationaux ainsi que de témoignages de journalistes et d’acteurs humanitaires présents sur le terrain. L’analyse s’est appuyée sur plusieurs cadres théoriques complémentaires, notamment les travaux d’Amartya Sen sur les mécanismes d’accès à l’alimentation, ceux d’Alex de Waal sur l’utilisation politique de la famine, ainsi que le concept de violence structurelle développé par Johan Galtung. Ces approches ont permis de dépasser une lecture strictement événementielle du conflit pour mettre en évidence les dimensions politiques et stratégiques de la crise alimentaire. Les résultats montrent que la famine ne peut être expliquée uniquement par les combats. Le blocus a profondément perturbé les circuits d’approvisionnement, limité l’accès aux ressources alimentaires et entravé l’acheminement de l’aide humanitaire. Même en l’absence de preuves établissant une volonté explicite d’extermination, les autorités nigérianes ne pouvaient ignorer les conséquences prévisibles de leurs décisions. La privation alimentaire apparaît dès lors comme un moyen de pression destiné à affaiblir la résistance biafraise et à accélérer sa capitulation. Toutefois, les éléments analysés ne permettent pas de conclure à l’existence d’une intention génocidaire au sens juridique du terme, cette question n’étant pas l’objet de notre travail. L’étude a également mis en lumière les limites du droit international humanitaire applicable à l’époque. Bien que les Conventions de Genève de 1949 protégeaient déjà les populations civiles, elles ne prévoyaient pas d’interdiction explicite de l’affamement comme méthode de guerre. La crise du Biafra a néanmoins contribué à l’évolution du droit international, notamment à travers les Protocoles additionnels de 1977 et la reconnaissance progressive de l’affamement intentionnel des civils comme crime de guerre. En conclusion, ce TFE a montré que la famine du Biafra constitue un exemple emblématique de l’utilisation de la faim comme outil de coercition militaire et politique. Il a souligné également l’importance de cette tragédie dans l’évolution des normes internationales visant à renforcer la protection des populations civiles en période de conflit armé.