Les biais cognitifs en entrepreneuriat : dans quelle mesure le biais d’auto complaisance apparaît comme mécanisme d’adaptation face à la stigmatisation de l’échec entrepreneurial ?

(2026)

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Ce mémoire s'interroge sur la mesure dans laquelle le biais d'auto-complaisance apparaît comme mécanisme d'adaptation face à la stigmatisation de l'échec entrepreneurial. La revue de la littérature mobilise plusieurs champs théoriques complémentaires : les travaux de Tversky et Kahneman (1974) sur les heuristiques cognitives, prolongés par ceux de Busenitz et Barney (1997) sur la spécificité entrepreneuriale, montrent que les biais cognitifs peuvent constituer de véritables outils d'adaptation à l'incertitude. Le biais d'auto-complaisance, conceptualisé par Miller et Ross (1975), désigne la tendance à attribuer ses succès à des facteurs internes et ses échecs à des causes externes ; il remplit une fonction de protection de l'estime de soi face à la menace identitaire générée par l'échec (Shepherd, 2003 ; Weiner, 1986). À cette menace interne s'ajoute une pression sociale significative : dans les contextes culturels européens, l'échec est souvent associé à l'incompétence (Landier, 2005) et peut entraîner une stigmatisation durable au sens de Goffman (1963), affectant durablement la légitimité et la crédibilité professionnelle de l'entrepreneur. Sur le plan méthodologique, cette recherche adopte une approche qualitative exploratoire fondée sur dix-neuf entretiens semi-directifs auprès d'entrepreneurs belges ayant vécu un échec, analysés selon la méthodologie de Gioia. Les résultats révèlent que l'échec entrepreneurial est vécu comme une expérience profondément émotionnelle et identitaire, bien au-delà de sa seule dimension économique. Les entrepreneurs mobilisent des lectures hybrides combinant attributions internes et externes. Le biais d'autocomplaisance se manifeste comme un mécanisme de protection transitoire permettant de stabiliser l'estime de soi dans la phase aiguë du traumatisme, avant d'évoluer progressivement vers des formes d'attribution plus réflexives et émancipatrices propices à l'apprentissage (Sourisseau et al., 2023 ; Cope, 2011). La stigmatisation sociale amplifie le recours à ces mécanismes défensifs, confirmant le lien entre pression externe et stratégies cognitives de régulation identitaire. Ce travail contribue ainsi à éclairer la nature fonctionnelle et adaptative du biais d'auto-complaisance en entrepreneuriat, et souligne l'importance d'un accompagnement individualisé des entrepreneurs en situation d'échec.